Eva Menasse
Née en 1970 à Vienne, Eva Menasse s’engage après des études d’histoire et de germanistique dans une carrière de journaliste et d’essayiste. De son histoire familiale – présente dans son premier roman, Vienna – à l’histoire de son pays, elle évolue autour de thématiques récurrentes : la carte postale d’un pays aux paysages idylliques masque des réalités âpres et dérangeantes. Les tenants de l’idéologie nazie, jadis impliqués dans les exactions commises, n’ont pas révisé leurs positions. L’histoire locale et ses zones d’ombres ne demandent qu’à ressurgir. Cette histoire s’inscrit dans la logique de l’accueil réservé par une part importante de la population autrichienne aux troupes d’Hitler entrant en Autriche lors de l’Anschluss, scène qu’évoque un des personnages du roman Les silences de Dunkelblum : représentant du Gauleiter de Styrie, il s’imagine « enrobé de l’étoffe de son uniforme neuf, boutons brillants » et revoit « ses hommes marcher au pas et une mer de fleurs en plein mois de mars. Jamais tant de fleurs n’ont été offertes en Autriche […], qu’on ne parle pas de guerre, c’est le retour au pays, la libération ». Cette atmosphère de liesse qui accompagne l’Anschluss est revisitée dans l’immédiat après-guerre et devient une annexion subie…
Biographie
Dans un contexte européen et mondial qui, par de nombreux aspects, rappelle les années trente du XXe siècle, l’histoire récente de l’Autriche et de l’Allemagne livre à Eva Menasse des sujets de réflexion nombreux. Elle dénonce la survivance des idéologies racistes et les préjugés envers l’autre, l’étranger, qui les nourrissent. Elle évoque le nationalisme étroit, la tendance à réécrire l’histoire et à en masquer les faces sombres, dans une période où amnésie collective, négationnisme et restauration des idéaux nazis sont omniprésents. Ces thématiques nourrissent son écriture.
L’histoire locale refoulée, symbolisée par les fosses communes où furent ensevelies les victimes, devenues introuvables et invisibles, est ramenée au grand jour. La société nouvelle n’a de place ni pour les survivants, ni pour leur témoignage. Le passé est idéalisé, les bourreaux se présentent en victimes.
L’humour n’est pas absent de l’écriture d’Eva Menasse, qui caricature volontiers certains personnages ou les place dans des situations inattendues et lourdes de signification : ainsi quand le médecin de Dunkelblum apprend par sa hiérarchie l’arrivée prochaine d’un successeur qu’il attendait depuis longtemps pour prendre sa retraite, le docteur Bello. Lorsque le remplaçant vient se présenter, Sterkowitz découvre qu’il est noir… Le prédécesseur de Sterkowitz, médecin juif, avait quitté le village à pied, « sans plus de cérémonie, portant un léger bagage, comme il fut dit par la suite. » L’histoire, pleine d’ironie, semble se répéter en s’inversant…
Bibliographie
En français
- La Dernière Princesse de conte de fées [Die letzte Märchenprinzessin], avec Elisabeth et Robert Menasse, dessins de Gerhard Haderer, trad. de Michel Deutsch. Paris : L’Arche 1997, 30 p. (ISBN 2-85181-400-1)
- Vienna [Vienna], trad. de Eva Perrot. Montreuil : Éditions Folies d’encre, 2008, 453 p. (ISBN 978-2-907337-48-9)[7]
- Interdiction aux drones de survoler in : Le Grand tour, ouvrage collectif sous la direction d’Olivier Guez, trad. de Françoise Toraille, 2022.
- Les Silences de Dunkelblum [Dunkelblum], trad. de Françoise Toraille. Paris : Stock 2024.
Dernière œuvre publiée
- Alleinruhelage, Kiepenheuer & Witsch, août 2026.
Auteure
Françoise Toraille
Mise en ligne : 15/09/2026
