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[[File:FriederikeWinternitzSetzer.jpg|thumb|Friderike Zweig (1882–1971), vers 1920]] Friderike Zweig (4 décembre 1882, Vienne – 18 janvier 1971, Shamford, Connecticut, USA) est surtout connue comme première épouse du célèbre écrivain [[Stefan Zweig]] qu’elle a épousé en 1920 et d’avec lequel elle a divorcé en 1938. Une correspondance volumineuse témoigne de cette relation amoureuse et intellectuelle, des premières rencontres en 1912 jusqu'au suicide de Zweig en 1942 au Brésil<ref>cf. Zweig et Zweig 1981, 2006</ref>. | |||
==Biographie== | |||
Pendant des années, Friderike Zweig prend une part importante dans les activités littéraires de son mari – comme secrétaire, interlocutrice, peut-être aussi comme co-autrice. Après sa mort, elle ne cesse de s'occuper de sa postérité, en publiant des travaux sur la vie et l’œuvre de Stefan Zweig et sur sa propre vie à ses côtés<ref>cf. Zweig 1947, 1961, 1964</ref>. | |||
Ce que l'on connaît moins, c'est le rôle de Friderike Zweig comme femme émancipée qui, durant toute sa vie, a produit une œuvre intellectuelle et artistique indépendante – malgré les possibilités restreintes offertes aux femmes à cette époque dans les domaines artistiques<ref>cf. Holmes et Wörgötter 2023</ref>. Très tôt, elle s’y distingue par son intérêt particulier pour la langue et la culture françaises. | |||
Les promenades effectuées avec une bonne française font partie des premiers souvenirs d’enfance de celle qui est née Friderike Burger le 4 décembre 1882 dans une famille de la bourgeoisie juive aisée. Abandonnant sa scolarité dans un lycée de filles avant le terme, elle suit une formation de français (langue étrangère) pour gagner sa vie en tant qu’enseignante de français – à côté de ses publications littéraires dans des journaux et revues<ref>cf. Zweig 1964</ref>. | |||
En 1906, elle se marie avec le juriste Felix von Winternitz dont elle a deux filles (*1907 Alexia Elisabeth, *1910 Susanna Benediktine) ; le couple divorce en 1914. Avec Stefan Zweig, dont elle a fait la connaissance en 1912, elle déménage en 1919 à Salzbourg, avant de l’épouser un an plus tard (1920). L’appétence pour la langue et la culture françaises – un élément important dans sa complicité avec Stefan Zweig – se traduit très tôt par la création d’un réseau de connaissances et, dès les années 1920, par une importante activité de traduction de littérature de langue française. Plus tard, la biographie qu’elle consacre au bactériologiste français Louis Pasteur<ref>https://www.pasteur.fr/fr/institut-pasteur/notre-histoire/vie-oeuvre-louis-pasteur</ref>, qui paraît en 1939, se révélera un élément salutaire sur le chemin de l’exil aux États-Unis. | |||
==Les contacts personnels de Friderike Zweig en France et ses activités de traductrice== | |||
Si sa relation avec Stefan Zweig est décisive pour les contacts personnels que Friderike Zweig établit avec la France, il apparaît néanmoins qu’elle entretient et élargit son réseau aussi de manière indépendante. Un exemple en est la relation avec [[Romain Rolland|Romain]] et Madeleine Rolland : si elle doit d’abord à Stefan Zweig de faire, dès son premier séjour à Paris en avril 1914, la connaissance de Romain Rolland ainsi que d’Erna<ref>https://www.deutsche-biographie.de/pnd116826452.html</ref> et Otto Grautoff<ref>https://www.deutsche-biographie.de/119489872.html</ref>, les traducteurs de ''Jean-Christophe'', on note plus tard des visites de Friderike chez les Rolland sans Stefan Zweig (par exemple en octobre 1927, en janvier 1932 et en janvier 1938). Grâce à Rolland, à qui Friderike Zweig a dédié son roman ''Vögelchen'' (1919), elle peut entrer en contact avec la section française de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté<ref>https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb121343361</ref>. Quand, en 1921, a lieu à Salzbourg l’université d’été de la section anglaise de cette Ligue, Madeleine Rolland fait partie des intervenants. Dans ses ''Spiegelungen des Lebens'' (1964), Zweig considère Madeleine Rolland et Andrée Jouve comme des amies pour la vie<ref>cf. Zweig 1964, p. 84</ref>. D’autres amis proches qui apparaissent dans ses mémoires sont Julien Cain<ref>https://histoirebnf.hypotheses.org/39618</ref>, administrateur général de la Bibliothèque nationale et sa femme Lucienne Cain<ref>cf. Zweig 1964, p. 132, 193</ref>. Avec l’aide de Julien Cain et de Georges Duhamel<ref>https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/georges-duhamel</ref>, Friderike Zweig réussit à faire inviter Stefan Zweig au printemps 1940 à Paris, où il prononcera la conférence „Das Wien von Gestern“<ref>cf. Zweig 1964, p. 212</ref>. | |||
Quant à sa propre œuvre littéraire, Friderike Zweig décrit dans ses mémoires à quel point le soutien qu’elle apporte à la carrière de son mari ne lui laisse pas de place pour ses propres activités créatrices. Ainsi, après avoir publié jusqu’en 1920 plusieurs romans et de nombreux travaux de plus petite envergure dans des revues<ref>cf. Zweig 1912/1913, 1914, 1919</ref>, trouve-t-elle dans la traduction « une sorte d’activité littéraire plus compatible avec les circonstances »<ref>Zweig 1964, p. 129</ref>. Entre 1920 et 1930 paraissent neuf livres que Friderike Zweig a traduits du Français que l’on peut comprendre comme une partie de son travail pour la paix<ref>cf. Gürtler 2023, p. 44</ref> ; il s’agit, dans l’ordre chronologique, de René Arcos : ''Das Gemeinsame'' (Leipzig : Insel 1920, [''Le Bien commun'', 1919]), Magdeleine Paz : ''Weib''. Roman (Leipzig : Rhein-Verlag 1920, [''Femme'', 1919]), [[Émile Verhaeren (le rôle de médiateur de Stefan Zweig)|Verhaeren]]: ''Fünf Erzählungen'' (Leipzig : Insel 1921), Emile Verhaeren : ''Der seltsame Handwerker und andere Erzählungen'' (Leipzig : Insel 1923), Anatole France : ''Das Leben der heiligen Johanna'' (Berlin : Späth 1926, [''La vie de Jeanne d’Arc'', 1908]), Théophile Gautier : ''Spirita'' (Hellerau bei Dresden : Avalun-Verlag 1926, [''Spirite'', 1865]), Maurice Magre : ''Das Laster von Granada'' (Munich : Musarion Verlag 1928, [''La Luxure de Grenade'', 1926]), Edmond Jaloux : ''Dich hätte ich geliebt. Roman'' (Leipzig : Reclam 1928, [''O toi que j’eusse aimée !'' , 1926]), René Arcos : ''Medardus'' (Leipzig : Insel 1930, [''Médard de Paris'', 1928]). Dans les ''Spiegelungen des Lebens'', elle indique avoir traduit plus d’une douzaine de livres ainsi que des poèmes et des essais, mais tous les projets n’ont pas abouti : ainsi commence-t-elle à l’été 1925 à traduire ''Henry Thoreau : sauvage'' de Léon Bazalgette (Paris : F. Rieder et Cie éditeurs, 1924), sans que cela ne mène à une publication. C’est par l’intermédiaire de Stefan Zweig que Friderike reçoit les commandes de traduction qui, dans certains cas, sont réalisées en étroite collaboration avec lui : c’est, par exemple, le cas de la traduction de ''Weib'' de Paz, comme des traductions des œuvres de [[Émile Verhaeren (le rôle de médiateur de Stefan Zweig)|Verhaeren]] qui sont étroitement liées aux réseaux et activités de son deuxième mari. Une analyse précise de la coopération entre Friderike et Stefan Zweig dans le cadre de ces projets de traduction et d’édition reste l’un des ''desiderata'' de la recherche sur Zweig. | |||
Quant aux relations franco-autrichiennes, le travail (biographique) sur Louis Pasteur – mentionné ci-dessus – occupe une place particulière dans l’œuvre de Friderike Zweig. En 1938, Friderike se trouve pour des recherches à Paris, quand elle est surprise par l’entrée des troupes de Hitler en Autriche. Quand le livre paraît en 1939, elle est déjà en train de préparer son émigration aux États-Unis. Dans le contexte de l’évolution historique et politique de l’Europe des années 1930, elle fait du bactériologiste français le portrait d’un « guide qui montre le chemin du domaine mystérieux de souffrances et de dangers millénaires vers un monde de véritable guérison et d’espoir »<ref>Zweig 1939, p. 281</ref>. Dans sa préface en français, Louis Pasteur Vallery-Radot<ref>https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/louis-pasteur-vallery-radot</ref>, le petit-fils du bactériologiste, met en avant une lecture pacifiste de la biographie. D’après Friderike Zweig, la réussite de sa fuite de la France vers les États-Unis serait, en partie, due à cette préface de Vallery-Radot : « Ce livre sur un héros national s’est révélé une légitimation auprès de l’administration qui a considéré, grâce aux louanges du Professeur Vallery-Radot, petit-fils de Pasteur, que j’ai rendu de grands services au pays »<ref>Zweig 1964, p. 211</ref>. Considéré comme « livre utopique confiant dans l'avenir dans une époque sombre » (« Als „fortschrittsutopisches Zukunftsbuch in düsteren Zeiten“<ref>Peck 2023, p. 161</ref>, la biographie du bactériologiste français devient pour Zweig « un livre de la fuite et du survie » („Flucht- und Überlebensbuch“<ref>Peck 2023, p. 155</ref>. | |||
==Références et liens externes== | |||
<references /> | |||
==Bibliographie== | |||
===Œuvres=== | |||
*Burger, Fritzi (= Zweig, Friderike Maria) : Die Liebe ist die Gefahr des Einsamsten: Ein Beitrag zur Psychologie des Mädchens. Wien : L. Rosner 1904. | |||
*Winternitz, Friderike Maria : Der Ruf der Heimat. Roman. Berlin: Schuster & Loeffler 1914 (Graz : Das Bergland Buch 1931. Eingeleitet von Emil Lucka). | |||
*Winternitz, Friderike Maria : Vögelchen. Roman. Berlin, Wien : S. Fischer 1919. | |||
*Winternitz, Friderike von : Traummenschen. In : Pester Lloyd (7.12.1912 bis 14.1.1913; 28 Folgen). | |||
*Zweig-Winternitz, Friderike Marie : Louis Pasteur. Bild des Lebens und des Werkes. Bern : Alfred Scherz Verlag 1939. | |||
*Zweig, Friderike M. : Stefan Zweig. Eine Bildbiographie. München : Kindler Verlag 1961. | |||
*Zweig, Friderike Maria : Poems. Literaturarchiv Salzburg (LAS), Bestand Donald Prater, FZ-SDP/W1. | |||
*Zweig, Friderike Maria : Spiegelungen des Lebens. Wien, Stuttgart, Zürich : Hans Deutsch Verlag 1964. | |||
*Zweig, Friderike : Stefan Zweig. Wie ich ihn erlebte. Stockholm : Neuer Verlag 1947. | |||
*Zweig, Stefan u. Friderike Maria Zweig : „Wenn einen Augenblick die Wolken weichen“. Briefwechsel 1912–1942. Jeffrey B. Berlin, Gert Kerschbaumer (dir.). Frankfurt a. M. : S. Fischer 2006. | |||
*Zweig, Stefan u. Friderike Zweig : Briefwechsel 1912–1942. Bern: Scherz 1951. | |||
*Zweig, Stefan u. Friderike Zweig : Unrast der Liebe: ihr Leben und ihre Zeit im Spiegel ihres Briefwechsels. Petra Eisele (dir.). Bern, München : Scherz 1981. | |||
===Traductions=== | |||
*Arcos, René : Das Gemeinsame. Übers. v. Friderike Maria Zweig. Mit 27 Holzschnitten v. Frans Masereel. Leipzig : Insel 1920. | |||
*Arcos, René : Medardus. Übertr. v. Friderike Maria Zweig. Mit 1 Aquarell u. 9 Holzschn. v. Frans Masereel. Leipzig : Insel 1930. | |||
*France, Anatole : Das Leben der heiligen Johanna. Übers. v. Friderike Maria Zweig. Berlin : Späth 1926. | |||
*Gautier, Théophile : Spirita. Mit 52 Zeichnungen von Karl M. Schultheiss. Ins Dt. übertr. v. Friderike M. Zweig. Hellerau bei Dresden : Avalun-Verlag 1926. | |||
*Jaloux, Edmond : Dich hätte ich geliebt. Roman. Übers. v. Friderike Maria Zweig. Leipzig : Reclam 1928. | |||
*Magre, Maurice : Das Laster von Granada. Roman. München : Musarion Verlag 1928. | |||
*Paz, Magdeleine : Weib. Roman. Mit einem Vorwort von Henri Barbusse. Ins Dt. übers. v. Stefan Zweig und Friderike Marie Winternitz-Zweig. Basel, Leipzig : Rhein-Verlag 1920. | |||
*Verhaeren, Emile : Der seltsame Handwerker und andere Erzählungen. Mit 26 Holzschnitten v. Frans Masereel. Übertr. v. Friderike Maria Zweig. Leipzig : Insel 1923. | |||
*Verhaeren, Emile : Fünf Erzählungen. Mit 28 Holzschnitten von Franz Masereel. Übertr. v. Friderike Maria Zweig. Leipzig: Insel 1921. | |||
===Littérature critique=== | |||
*Gürtler, Christa : Friderike Winternitz Zweig – Intellektuelle und Friedensaktivistin. Das Engagement in der Internationalen Frauenliga für Frieden und Freiheit. In: Deborah Holmes u. Martina Wörgötter (dir.) : Friderike ‚Zweig‘. Weibliche Intellektualität im frühen 20. Jahrhundert. Würzburg : Königshausen & Neumann 2023, p. 43–57. | |||
*Holmes, Deborah u. Martina Wörgötter (dir.) : Friderike ‚Zweig‘. Weibliche Intellektualität im frühen 20. Jahrhundert. Würzburg : Königshausen & Neumann 2023. | |||
*Peck, Clemens : Mikrobenführer. Humanistische Bakteriologie in Friderike Zweigs Pasteur. In : Deborah Holmes u. Martina Wörgötter (dir.): Friderike ‚Zweig‘. Weibliche Intellektualität im frühen 20. Jahrhundert. Würzburg : Königshausen & Neumann 2023, p. 155–167. | |||
==Auteures== | |||
Simone Lettner et Martina Wörgötter | |||
Mise en ligne : 07/05/2026 | |||
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Dernière version du 7 mai 2026 à 09:21

Friderike Zweig (4 décembre 1882, Vienne – 18 janvier 1971, Shamford, Connecticut, USA) est surtout connue comme première épouse du célèbre écrivain Stefan Zweig qu’elle a épousé en 1920 et d’avec lequel elle a divorcé en 1938. Une correspondance volumineuse témoigne de cette relation amoureuse et intellectuelle, des premières rencontres en 1912 jusqu'au suicide de Zweig en 1942 au Brésil[1].
Biographie
Pendant des années, Friderike Zweig prend une part importante dans les activités littéraires de son mari – comme secrétaire, interlocutrice, peut-être aussi comme co-autrice. Après sa mort, elle ne cesse de s'occuper de sa postérité, en publiant des travaux sur la vie et l’œuvre de Stefan Zweig et sur sa propre vie à ses côtés[2].
Ce que l'on connaît moins, c'est le rôle de Friderike Zweig comme femme émancipée qui, durant toute sa vie, a produit une œuvre intellectuelle et artistique indépendante – malgré les possibilités restreintes offertes aux femmes à cette époque dans les domaines artistiques[3]. Très tôt, elle s’y distingue par son intérêt particulier pour la langue et la culture françaises.
Les promenades effectuées avec une bonne française font partie des premiers souvenirs d’enfance de celle qui est née Friderike Burger le 4 décembre 1882 dans une famille de la bourgeoisie juive aisée. Abandonnant sa scolarité dans un lycée de filles avant le terme, elle suit une formation de français (langue étrangère) pour gagner sa vie en tant qu’enseignante de français – à côté de ses publications littéraires dans des journaux et revues[4].
En 1906, elle se marie avec le juriste Felix von Winternitz dont elle a deux filles (*1907 Alexia Elisabeth, *1910 Susanna Benediktine) ; le couple divorce en 1914. Avec Stefan Zweig, dont elle a fait la connaissance en 1912, elle déménage en 1919 à Salzbourg, avant de l’épouser un an plus tard (1920). L’appétence pour la langue et la culture françaises – un élément important dans sa complicité avec Stefan Zweig – se traduit très tôt par la création d’un réseau de connaissances et, dès les années 1920, par une importante activité de traduction de littérature de langue française. Plus tard, la biographie qu’elle consacre au bactériologiste français Louis Pasteur[5], qui paraît en 1939, se révélera un élément salutaire sur le chemin de l’exil aux États-Unis.
Les contacts personnels de Friderike Zweig en France et ses activités de traductrice
Si sa relation avec Stefan Zweig est décisive pour les contacts personnels que Friderike Zweig établit avec la France, il apparaît néanmoins qu’elle entretient et élargit son réseau aussi de manière indépendante. Un exemple en est la relation avec Romain et Madeleine Rolland : si elle doit d’abord à Stefan Zweig de faire, dès son premier séjour à Paris en avril 1914, la connaissance de Romain Rolland ainsi que d’Erna[6] et Otto Grautoff[7], les traducteurs de Jean-Christophe, on note plus tard des visites de Friderike chez les Rolland sans Stefan Zweig (par exemple en octobre 1927, en janvier 1932 et en janvier 1938). Grâce à Rolland, à qui Friderike Zweig a dédié son roman Vögelchen (1919), elle peut entrer en contact avec la section française de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté[8]. Quand, en 1921, a lieu à Salzbourg l’université d’été de la section anglaise de cette Ligue, Madeleine Rolland fait partie des intervenants. Dans ses Spiegelungen des Lebens (1964), Zweig considère Madeleine Rolland et Andrée Jouve comme des amies pour la vie[9]. D’autres amis proches qui apparaissent dans ses mémoires sont Julien Cain[10], administrateur général de la Bibliothèque nationale et sa femme Lucienne Cain[11]. Avec l’aide de Julien Cain et de Georges Duhamel[12], Friderike Zweig réussit à faire inviter Stefan Zweig au printemps 1940 à Paris, où il prononcera la conférence „Das Wien von Gestern“[13].
Quant à sa propre œuvre littéraire, Friderike Zweig décrit dans ses mémoires à quel point le soutien qu’elle apporte à la carrière de son mari ne lui laisse pas de place pour ses propres activités créatrices. Ainsi, après avoir publié jusqu’en 1920 plusieurs romans et de nombreux travaux de plus petite envergure dans des revues[14], trouve-t-elle dans la traduction « une sorte d’activité littéraire plus compatible avec les circonstances »[15]. Entre 1920 et 1930 paraissent neuf livres que Friderike Zweig a traduits du Français que l’on peut comprendre comme une partie de son travail pour la paix[16] ; il s’agit, dans l’ordre chronologique, de René Arcos : Das Gemeinsame (Leipzig : Insel 1920, [Le Bien commun, 1919]), Magdeleine Paz : Weib. Roman (Leipzig : Rhein-Verlag 1920, [Femme, 1919]), Verhaeren: Fünf Erzählungen (Leipzig : Insel 1921), Emile Verhaeren : Der seltsame Handwerker und andere Erzählungen (Leipzig : Insel 1923), Anatole France : Das Leben der heiligen Johanna (Berlin : Späth 1926, [La vie de Jeanne d’Arc, 1908]), Théophile Gautier : Spirita (Hellerau bei Dresden : Avalun-Verlag 1926, [Spirite, 1865]), Maurice Magre : Das Laster von Granada (Munich : Musarion Verlag 1928, [La Luxure de Grenade, 1926]), Edmond Jaloux : Dich hätte ich geliebt. Roman (Leipzig : Reclam 1928, [O toi que j’eusse aimée ! , 1926]), René Arcos : Medardus (Leipzig : Insel 1930, [Médard de Paris, 1928]). Dans les Spiegelungen des Lebens, elle indique avoir traduit plus d’une douzaine de livres ainsi que des poèmes et des essais, mais tous les projets n’ont pas abouti : ainsi commence-t-elle à l’été 1925 à traduire Henry Thoreau : sauvage de Léon Bazalgette (Paris : F. Rieder et Cie éditeurs, 1924), sans que cela ne mène à une publication. C’est par l’intermédiaire de Stefan Zweig que Friderike reçoit les commandes de traduction qui, dans certains cas, sont réalisées en étroite collaboration avec lui : c’est, par exemple, le cas de la traduction de Weib de Paz, comme des traductions des œuvres de Verhaeren qui sont étroitement liées aux réseaux et activités de son deuxième mari. Une analyse précise de la coopération entre Friderike et Stefan Zweig dans le cadre de ces projets de traduction et d’édition reste l’un des desiderata de la recherche sur Zweig.
Quant aux relations franco-autrichiennes, le travail (biographique) sur Louis Pasteur – mentionné ci-dessus – occupe une place particulière dans l’œuvre de Friderike Zweig. En 1938, Friderike se trouve pour des recherches à Paris, quand elle est surprise par l’entrée des troupes de Hitler en Autriche. Quand le livre paraît en 1939, elle est déjà en train de préparer son émigration aux États-Unis. Dans le contexte de l’évolution historique et politique de l’Europe des années 1930, elle fait du bactériologiste français le portrait d’un « guide qui montre le chemin du domaine mystérieux de souffrances et de dangers millénaires vers un monde de véritable guérison et d’espoir »[17]. Dans sa préface en français, Louis Pasteur Vallery-Radot[18], le petit-fils du bactériologiste, met en avant une lecture pacifiste de la biographie. D’après Friderike Zweig, la réussite de sa fuite de la France vers les États-Unis serait, en partie, due à cette préface de Vallery-Radot : « Ce livre sur un héros national s’est révélé une légitimation auprès de l’administration qui a considéré, grâce aux louanges du Professeur Vallery-Radot, petit-fils de Pasteur, que j’ai rendu de grands services au pays »[19]. Considéré comme « livre utopique confiant dans l'avenir dans une époque sombre » (« Als „fortschrittsutopisches Zukunftsbuch in düsteren Zeiten“[20], la biographie du bactériologiste français devient pour Zweig « un livre de la fuite et du survie » („Flucht- und Überlebensbuch“[21].
Références et liens externes
- ↑ cf. Zweig et Zweig 1981, 2006
- ↑ cf. Zweig 1947, 1961, 1964
- ↑ cf. Holmes et Wörgötter 2023
- ↑ cf. Zweig 1964
- ↑ https://www.pasteur.fr/fr/institut-pasteur/notre-histoire/vie-oeuvre-louis-pasteur
- ↑ https://www.deutsche-biographie.de/pnd116826452.html
- ↑ https://www.deutsche-biographie.de/119489872.html
- ↑ https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb121343361
- ↑ cf. Zweig 1964, p. 84
- ↑ https://histoirebnf.hypotheses.org/39618
- ↑ cf. Zweig 1964, p. 132, 193
- ↑ https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/georges-duhamel
- ↑ cf. Zweig 1964, p. 212
- ↑ cf. Zweig 1912/1913, 1914, 1919
- ↑ Zweig 1964, p. 129
- ↑ cf. Gürtler 2023, p. 44
- ↑ Zweig 1939, p. 281
- ↑ https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/louis-pasteur-vallery-radot
- ↑ Zweig 1964, p. 211
- ↑ Peck 2023, p. 161
- ↑ Peck 2023, p. 155
Bibliographie
Œuvres
- Burger, Fritzi (= Zweig, Friderike Maria) : Die Liebe ist die Gefahr des Einsamsten: Ein Beitrag zur Psychologie des Mädchens. Wien : L. Rosner 1904.
- Winternitz, Friderike Maria : Der Ruf der Heimat. Roman. Berlin: Schuster & Loeffler 1914 (Graz : Das Bergland Buch 1931. Eingeleitet von Emil Lucka).
- Winternitz, Friderike Maria : Vögelchen. Roman. Berlin, Wien : S. Fischer 1919.
- Winternitz, Friderike von : Traummenschen. In : Pester Lloyd (7.12.1912 bis 14.1.1913; 28 Folgen).
- Zweig-Winternitz, Friderike Marie : Louis Pasteur. Bild des Lebens und des Werkes. Bern : Alfred Scherz Verlag 1939.
- Zweig, Friderike M. : Stefan Zweig. Eine Bildbiographie. München : Kindler Verlag 1961.
- Zweig, Friderike Maria : Poems. Literaturarchiv Salzburg (LAS), Bestand Donald Prater, FZ-SDP/W1.
- Zweig, Friderike Maria : Spiegelungen des Lebens. Wien, Stuttgart, Zürich : Hans Deutsch Verlag 1964.
- Zweig, Friderike : Stefan Zweig. Wie ich ihn erlebte. Stockholm : Neuer Verlag 1947.
- Zweig, Stefan u. Friderike Maria Zweig : „Wenn einen Augenblick die Wolken weichen“. Briefwechsel 1912–1942. Jeffrey B. Berlin, Gert Kerschbaumer (dir.). Frankfurt a. M. : S. Fischer 2006.
- Zweig, Stefan u. Friderike Zweig : Briefwechsel 1912–1942. Bern: Scherz 1951.
- Zweig, Stefan u. Friderike Zweig : Unrast der Liebe: ihr Leben und ihre Zeit im Spiegel ihres Briefwechsels. Petra Eisele (dir.). Bern, München : Scherz 1981.
Traductions
- Arcos, René : Das Gemeinsame. Übers. v. Friderike Maria Zweig. Mit 27 Holzschnitten v. Frans Masereel. Leipzig : Insel 1920.
- Arcos, René : Medardus. Übertr. v. Friderike Maria Zweig. Mit 1 Aquarell u. 9 Holzschn. v. Frans Masereel. Leipzig : Insel 1930.
- France, Anatole : Das Leben der heiligen Johanna. Übers. v. Friderike Maria Zweig. Berlin : Späth 1926.
- Gautier, Théophile : Spirita. Mit 52 Zeichnungen von Karl M. Schultheiss. Ins Dt. übertr. v. Friderike M. Zweig. Hellerau bei Dresden : Avalun-Verlag 1926.
- Jaloux, Edmond : Dich hätte ich geliebt. Roman. Übers. v. Friderike Maria Zweig. Leipzig : Reclam 1928.
- Magre, Maurice : Das Laster von Granada. Roman. München : Musarion Verlag 1928.
- Paz, Magdeleine : Weib. Roman. Mit einem Vorwort von Henri Barbusse. Ins Dt. übers. v. Stefan Zweig und Friderike Marie Winternitz-Zweig. Basel, Leipzig : Rhein-Verlag 1920.
- Verhaeren, Emile : Der seltsame Handwerker und andere Erzählungen. Mit 26 Holzschnitten v. Frans Masereel. Übertr. v. Friderike Maria Zweig. Leipzig : Insel 1923.
- Verhaeren, Emile : Fünf Erzählungen. Mit 28 Holzschnitten von Franz Masereel. Übertr. v. Friderike Maria Zweig. Leipzig: Insel 1921.
Littérature critique
- Gürtler, Christa : Friderike Winternitz Zweig – Intellektuelle und Friedensaktivistin. Das Engagement in der Internationalen Frauenliga für Frieden und Freiheit. In: Deborah Holmes u. Martina Wörgötter (dir.) : Friderike ‚Zweig‘. Weibliche Intellektualität im frühen 20. Jahrhundert. Würzburg : Königshausen & Neumann 2023, p. 43–57.
- Holmes, Deborah u. Martina Wörgötter (dir.) : Friderike ‚Zweig‘. Weibliche Intellektualität im frühen 20. Jahrhundert. Würzburg : Königshausen & Neumann 2023.
- Peck, Clemens : Mikrobenführer. Humanistische Bakteriologie in Friderike Zweigs Pasteur. In : Deborah Holmes u. Martina Wörgötter (dir.): Friderike ‚Zweig‘. Weibliche Intellektualität im frühen 20. Jahrhundert. Würzburg : Königshausen & Neumann 2023, p. 155–167.
Auteures
Simone Lettner et Martina Wörgötter
Mise en ligne : 07/05/2026
