Bruno Frei

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Journaliste, essayiste et écrivain, Bruno Frei (Presbourg/Bratislava, 11 juin 1897 – Klosterneuburg, 21 mai 1988) écrit dès 1917 de nombreux articles et reportages dans la presse de langue allemande. Il est en exil à partir de 1933, d’abord en Tchécoslovaquie, puis en France et au Mexique. Très engagé dans le mouvement antifasciste, Frei est une figure importante du communisme autrichien.

Biographie

Bruno Frei, de son vrai nom Benedikt Freistadt, est né en 1897 à Presbourg, ville de la double monarchie austro-hongroise (aujourd’hui Bratislava, en Slovaquie). Il est issu d’une famille de confession juive, qui s’installe à Vienne lorsqu’il est encore enfant. Il fait des études de philosophie à l’Université de Vienne, où il obtient sa thèse de doctorat en 1920.

Dès 1917, Frei commence à écrire des articles dans la presse, notamment dans le journal Der Abend. Dans ses reportages, il dépeint entre autres la misère qui règne à Vienne (Wiener Wohnungselend en 1918, Jüdisches Elend in Wien en 1920, Das Elend Wiens en 1921) et se rapproche du mouvement social-démocrate. Il s’installe à Berlin en 1922, où il devient correspondant pour le journal Der Abend. Il fait un voyage en Union soviétique en 1928, qui donne lieu à la parution de l’ouvrage Im Lande der Roten Macht. Bruno Frei travaille pour Die Weltbühne à partir de 1929 et devient jusqu’en 1933 rédacteur en chef du journal Berlin am Morgen, quotidien à fort tirage proche du parti communiste.

Bruno Frei émigre à Prague en 1933, après l’incendie du Reichstag. Il est l’un des cofondateurs et rédacteur en chef du journal antifasciste Der Gegen-Angriff, qui paraît de 1933 à 1936 et suit une ligne proche du parti communiste. Il devient par ailleurs membre du parti communiste allemand (KPD) en 1934. Entre 1933 et 1936, Frei effectue de nombreux séjours en France et en Europe en tant que correspondant pour plusieurs organes de presse. Il émigre à Paris en 1936, où il co-édite les Nouvelles d’Allemagne, avec Heinrich Mann[1], Rudolf Breitscheid[2] et Max Braun[3]. Ces bulletins d’information, qui rendent compte des événements en Allemagne et en Autriche, appellent à un sursaut antifasciste.

En 1939, Bruno Frei est arrêté à son domicile parisien en raison de son activité journalistique. Il est d’abord détenu à la prison de la Santé, puis transféré dans le camp du Vernet, en Ariège, où il est interné d’octobre 1939 à janvier 1941. Il est ensuite transféré au camp des Milles près de Marseille et obtient un visa pour le Mexique, qu’il rejoint en 1941 avec ses deux enfants.

Pendant son exil au Mexique, Bruno Frei co-fonde notamment les revues Freies Deutschland (dont il est rédacteur en chef) et Austria Libre. Il achève en 1942 la rédaction de son ouvrage Die Männer von Vernet, dont la première publication en Allemagne date de 1950 (ce livre est traduit en français seulement 66 ans plus tard). En 1943, Bruno Frei rejoint les communistes autrichiens et devient également membre de l’Acción Republicana Austriaca de México (ARAM).

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il devient membre du KPÖ. Il quitte le Mexique et rentre à Vienne en 1947. Il y poursuit ses activités journalistiques auprès de plusieurs organes de presse : jusqu’en 1956, il est rédacteur en chef du quotidien Der Abend, proche du KPÖ. De 1957 à 1959, il devient correspondant en Chine pour Die Volksstimme, organe de presse du KPÖ. Avec Ernst Fischer[4] et Viktor Matejka[5], il publie Das Österreichische Tagebuch jusqu’en 1965.

À partir de 1965, Bruno Frei devient écrivain indépendant et continue à écrire des textes sur le communisme, le judaïsme ou encore des personnalités comme le journaliste pacifiste allemand Carl von Ossietzky, à qui il consacre un ouvrage en 1966. La même année, il reçoit le prix Heinrich Heine en RDA. Il publie son autobiographie Der Papiersäbel en 1972. Bruno Frei décède en 1988 à Klosterneuburg, à l’âge de 91 ans.

Références et liens externes

Bibliographie

Principaux ouvrages de Bruno Frei

  • Frei, Bruno : Wiener Wohnungselend. Vienne : Anzengruber-Verlag 1918.
  • Frei, Bruno : Jüdisches Elend in Wien. Vienne : Löwit 1920.
  • Frei, Bruno : Das Elend Wiens – Reportage. Vienne : Verlag der Wiener Graphischen Werkstätte 1921.
  • Frei, Bruno : Die roten Matrosen von Cattaro: eine Episode aus dem Revolutionsjahre 1918. Vienne : Verlag der Wiener Volksbuchhandlung 1927.
  • Frei, Bruno : Im Lande der Roten Macht. Berlin : Neuer Deutscher Verlag 1929.
  • Frei, Bruno : Hitler über Deutschland. Prague : Haken 1933.
  • Frei, Bruno : Die Männer von Vernet: Ein Tatsachenbericht. Berlin : Dietz 1950.
  • Frei, Bruno : Der große Sprung: China heute. Berlin : Aufbau-Verlag 1959.
  • Frei, Bruno : Israel zwischen den Fronten. Utopie und Wirklichkeit. Vienne : Europa-Verlag 1965.
  • Frei, Bruno : Carl von Ossietzky. Berlin, Weimar : Aufbau-Verlag 1966.
  • Frei, Bruno : Der Papiersäbel – Autobiographie. Francfort-le-Main : Fischer Verlag 1972.
  • Frei, Bruno : Zur Kritik der Sozialutopie. Francfort-sur-le-Main : Fischer Verlag 1973.
  • Frei, Bruno : Sozialismus und Antisemitismus. Vienne : Europa-Verlag 1978.
  • Frei, Bruno : Der kleine Widerstand. Vienne : Sensen-Verlag 1978.
  • Frei, Bruno : Les Hommes du Vernet, traduit en français par Georges Dimon. Les Éditions du camp du Vernet 2016.

Littérature secondaire

  • Bolbecher, Siglinde, Kaiser, Konstantin (dir.) : Lexikon der österreichischen Exilliteratur. Vienne, Munich : Deuticke 2000.
  • Fritzl, Gottfried : Bruno Frei im mexikanischen Exil. Fluchtweg und Exiltätigkeit eines Österreichers. Diplomarbeit : Universität Wien 1996.
  • Holpfer, Eva (dir.) : Die Sammlung Bruno Frei (1897-1988). Vienne : Dokumentationsarchiv des österreichischen Widerstandes 1996.
  • Leclerc, Hélène (dir.) : Le Sud-Ouest de la France et les Pyrénées dans la mémoire des pays de langue allemande au XXe siècle. Toulouse : Le Pérégrinateur 2018.
  • Weinzierl, Ulrich (dir.) : Österreicher im Exil. Frankreich 1938–1945. Vienne : Österreichischer Bundesverlag, Jugend und Volk 1984.

Auteure

Laure Gallouët

Mise en ligne : 26/08/2026