Elisabeth Reichart
Née en 1953 en Haute Autriche, Elisabeth Reichart est très tôt sensibilisée à la présence des camps – en particulier celui, tout proche, de Mauthausen. Des études d’histoire et de germanistique à Salzbourg la conduisent à un doctorat sur la résistance à la domination national-socialiste dans le Salzkammergut, et accompagnent ses premiers essais d’écriture. Elle choisit de s’y consacrer et vit de sa plume depuis 1982. En 1992, elle assume à Vienne la direction d’un centre de création artistique, Die Alte Schmiede (la vieille forge), centre de création artistique dans le cadre duquel se développe un « laboratoire d’écrivains ». Entre 1994 et 2007, elle effectue plusieurs séjours comme « écrivain en résidence » dans des universités américaines et à l’université de Nagoya (1999 et 2004). Elle a publié des romans, récits, pièces de théâtre, pièces radiophoniques et des livres pour enfants.
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Certains souvenirs vous entourent, ils ne laissent pas le choix, se souvenir puis ne pas se souvenir, une fois y penser, en parler un peu et puis de nouveau vivre dans l’ici et maintenant ou même se projeter vers l’avenir, un avenir qui pendant des années n’a pas existé mais qui doit exister …[1] |
Le souvenir est pour Elisabeth Reichart avant tout celui du passé nazi de l’Autriche qui, refoulé, réapparaît sans cesse comme les résurgences d’une rivière souterraine omniprésente dans l’époque actuelle. Le refoulement du souvenir, mais aussi la réécriture de l’histoire sont des poisons au cœur de la société et des familles dont ses livres décrivent l’action destructrice. Par ailleurs, son écriture féministe très engagée dénonce la langue des hommes et sa position prédominante, les deux thèmes se rejoignant. La violence de la société et la violence au sein des familles se répondent, il s’agit d’imposer son ordre, sa volonté, au plus faible, la relation dominant-dominé se marque aussi dans la situation de l’autre, de celui qui, venu d’une culture, de traditions différentes, est mis au ban de la société mais aussi se sent rejeté. Enfin, le souci de l’environnement et de la responsabilité face aux générations futures sont présents dès Komm über den See.
L’écriture d’Elisabeth Reichart est structurée par ces thèmes récurrents, présents dès ses premiers textes : le silence entre générations, le refoulement du souvenir traumatique, tant pour les bourreaux que pour les victimes, la résistance et la trahison, la torture, la destruction de l’individu réduit à un numéro. Les textes semblent des mosaïques dont ces thèmes sont les différentes pièces. L’architecture en est complexe, passé et présent se répondent, les personnages sont enfermés dans leur mutuelle difficulté à communiquer, souvent murés dans le silence. Elisabeth Reichart insère dans ses textes des citations d’auteurs qui, par leur engagement, les sujets qu’ils abordent, lui offrent une sorte de résonance : ainsi Christa Wolf dans Viens traverse le lac, à la fois présente à travers Nachdenken über Christa T et Kassandra, Wolfgang Borchert avec Draußen vor der Tür, Sarah Kirsch, Peter Altenberg, Friedrich Rückert… et même une citation tirée de Hänsel und Gretel.
Seul le roman Komm über den See a fait l’objet d’une traduction en français. L’écho de sa publication est resté modeste, en particulier les grands quotidiens nationaux n’en ont pas fait mention. Est-ce dû à l’écriture exigeante que nous avons soulignée, ou à un intérêt insuffisant au moment de sa parution pour les thématiques traitées ? Il est difficile de répondre à cette question.
Livres publiès
- 1984 Februarschatten (roman)
- 1988 Komm über den See (roman)[2]
- 1992 La Valse (recueil de récits)
- 1993 Fotze (roman)
- 1994 Sakkorausch (monologue)
- 1995 Nachtmähr (roman)
- 1998 Das vergessene Lächeln der Amaterasu (roman)
Références
- ↑ Manche Erinnerungen sind von umfassender Art, die lassen einem nicht die Wahl, sich zu erinnern und dann wieder nicht, einmal daran zu denken, ein bißchen davon zu erzählen und wieder im Hier und Jetzt zu leben oder vielleicht in der Zukunft, in einer, die es jahrelang nicht gab, die es aber geben muß … Die Kammer, in : La Valse. Salzbourg : Otto Müller Verlag 1992, p. 116.
- ↑ Viens, traverse le lac, éd. Métailié, 1993, Trad. Françoise Toraille.
Auteur
Françoise Toraille
Mise en ligne : 31/08/2026
