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Arthur-Augustin Taponier (* 24 juin 1845 à Genève, † 27 septembre 1901 à Carouge) écrit en 1892 un guide touristique intitulé Bavière et Tyrol. Notes sur l’Allemagne du Sud . Ce livre, destiné à un public français (voire francophone), a moins le but de l'informer sur le Tyrol que d'opposer cette région catholique et conservatrice, qu'il considère comme un parfait contre-modèle, à la France des Lumières républico-révolutionnaire et à la Prusse protestante.
 
==Biographie==
 
Taponier, fils de commerçant genevois, étudia tout d’abord le droit à Paris, où il a peut-être assisté aux événements de « La Commune » de 1871. À l’âge de 26 ans, il s'orienta vers l'étude de la théologie catholique, d'abord en s'inscrivant, à l’automne 1871, à la faculté théologique très conservatrice d’Innsbruck. Il resta au total sept semestres à Innsbruck, où, à cette époque, la guerre culturelle contre la création d’une paroisse protestante faisait rage. Après avoir obtenu le doctorat, il devint prêtre et archiprêtre à Carouge, un faubourg de Genève qui avait appartenu à la Savoie jusqu’en 1816 et était donc catholique. Il fut actif dans de nombreuses associations catholiques de la Suisse romande et publia des prédications et des conférences, ainsi qu’une brochure intitulée ''Voltaire et Frédéric-le-Grand'' (1895) et une autre, en 1896, sur Ludwig Windthorst<ref>https://www.universalis.fr/encyclopedie/ludwig-windthorst/</ref>, homme politique allemand du parti ''Zentrum''.
 
Son guide touristique ''Bavière et Tyrol. Notes sur l’Allemagne du Sud'' (1892) – qui ne rencontra que très peu de succès – fut publié tout comme les brochures dans des maisons d’édition catholiques, telles que Lethielleux à Paris et la Librairie de l’Université à Fribourg ; ce choix montre le type de public que Taponier souhaitait toucher. Dans cet ouvrage, il omet la mention de son statut de prêtre, certainement afin de paraître plus objectif concernant le catholicisme tyrolien. Il ne met pas non plus en avant ses origines suisses, cherchant à intéresser avant tout le lectorat français.
 
La première moitié de ce récit de voyage littéraire de 364 pages, plutôt simple et parfois incorrect, porte sur la Bavière (plus précisément Nuremberg et Bayreuth), et la seconde sur le Tyrol incluant un chapitre sur Salzbourg. Faisant la distinction entre les habitants accueillants (catholiques et conservateurs) du sud de l’Allemagne et les Prussiens rebutants (protestants et libéraux), Taponier inclut Salzbourg et le Tyrol systématiquement dans l’« Allemagne du Sud ».
 
Ses descriptions des paysages et des localités ne sont pas très réussies ; Taponier n’avait aucun intérêt pour le caractère spécifique des villes du Tyrol, puisqu’il n’appréciait pas particulièrement le baroque, ni le rococo.  En revanche, les montagnes le fascinaient.
 
Les observations géographiques sont pour lui moins importantes que les analyses politiques et sociétales ; il ne cesse d’insister sur la qualité anti-prussienne, anti-protestante et, bien sûr, anti-révolutionnaire des Tyroliens et des Autrichiens. À la fin de ce livre, il plaide, pour contrer la domination allemande, explicitement en faveur d’une coopération de la France, non pas avec la Russie, mais avec la monarchie Autrichienne : « La véritable alliance de l’avenir est là, et non pas ailleurs<ref>p. 364</ref> ». Cette plaidoirie politique prend sa source dans l’image des Tyroliens et Tyroliennes vivant complètement et simplement dans la tradition, profondément catholiques, opposés à la modernité<ref>cf. p. 295</ref> et évidemment fidèles à l’empereur<ref>cf. p. 338</ref>.
 
Le refus de l’« esprit juif et protestant<ref>p. 81 du passage sur Nuremberg</ref> » est caractéristique de la prise de position de l’auteur. Dans le chapitre sur Salzbourg (qui est avant tout un chapitre sur Mozart), il minimise l’appartenance de Mozart à la franc-maçonnerie par le fait que, à l’époque, celle-ci n’était pas encore formellement condamnée par l'Église<ref>p. 182</ref>. Il n’est pas surprenant que Taponier consacre un passage à part entière à Andreas Hofer<ref>p. 297-333</ref> et à la rébellion tyrolienne de 1809 qu’il tient en estime. Cet extrait est également une expression de l’opposition contre le Joséphisme. Par cet exemple, il souligne que les Tyroliens ont montré en 1809 que le catholicisme n’excluait nullement le patriotisme, sûrement pour contrer des arguments utilisés par les adversaires protestants lors de la « guerre culturelle »<ref>p. 332</ref> .
 
Un autre passage à noter est celui de la visite de l’ancien lieu de pèlerinage Judenstein<ref>p. 226-246</ref> près d'Innsbruck ; l’auteur ajoute au récit de la légende antisémite des réflexions critiques sur le judaïsme, courantes à l'époque, mais se désolidarise toutefois de l’antisémitisme de Drumont<ref>p. 237</ref> par conviction humaniste.
 
Taponier rejetait complètement la modernité, les Lumières et le libéralisme, le protestantisme, la presse moderne, ainsi que la démocratie et la république. Un exemple concret du spectre de l'ennemi est la Prusse, ou plutôt l’Empire allemand dominé par la Prusse. Il lui oppose l’« ancienne » vie tyrolienne catholique, idyllique et idéalisée ; c'est cet idéal qui importe à Taponier, pas le véritable « Tyrol ».
 
==Références et liens externes==
<references />
 
==Bibliographie==
*F. Bouchardy : ''Arthur-A. Taponier''. Carouge-Genève : Deshusses 1942.
*Scheichl, Sigurd Paul : « Tirol – Paradiesgärtlein der Reaktion. Die Tiroler Reise des Abbé Taponier im Jahre 1886 ». In : ''Das Fenster'' (Innsbruck), Heft 10, 1972, p. 914-917.
 
==Auteur==
 
Sigurd Paul Scheichl
 
Traduction française : Romane Kuntz
 
Mise en ligne : 02/04/2026


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Version du 2 avril 2026 à 09:25

Arthur-Augustin Taponier (* 24 juin 1845 à Genève, † 27 septembre 1901 à Carouge) écrit en 1892 un guide touristique intitulé Bavière et Tyrol. Notes sur l’Allemagne du Sud . Ce livre, destiné à un public français (voire francophone), a moins le but de l'informer sur le Tyrol que d'opposer cette région catholique et conservatrice, qu'il considère comme un parfait contre-modèle, à la France des Lumières républico-révolutionnaire et à la Prusse protestante.

Biographie

Taponier, fils de commerçant genevois, étudia tout d’abord le droit à Paris, où il a peut-être assisté aux événements de « La Commune » de 1871. À l’âge de 26 ans, il s'orienta vers l'étude de la théologie catholique, d'abord en s'inscrivant, à l’automne 1871, à la faculté théologique très conservatrice d’Innsbruck. Il resta au total sept semestres à Innsbruck, où, à cette époque, la guerre culturelle contre la création d’une paroisse protestante faisait rage. Après avoir obtenu le doctorat, il devint prêtre et archiprêtre à Carouge, un faubourg de Genève qui avait appartenu à la Savoie jusqu’en 1816 et était donc catholique. Il fut actif dans de nombreuses associations catholiques de la Suisse romande et publia des prédications et des conférences, ainsi qu’une brochure intitulée Voltaire et Frédéric-le-Grand (1895) et une autre, en 1896, sur Ludwig Windthorst[1], homme politique allemand du parti Zentrum.

Son guide touristique Bavière et Tyrol. Notes sur l’Allemagne du Sud (1892) – qui ne rencontra que très peu de succès – fut publié tout comme les brochures dans des maisons d’édition catholiques, telles que Lethielleux à Paris et la Librairie de l’Université à Fribourg ; ce choix montre le type de public que Taponier souhaitait toucher. Dans cet ouvrage, il omet la mention de son statut de prêtre, certainement afin de paraître plus objectif concernant le catholicisme tyrolien. Il ne met pas non plus en avant ses origines suisses, cherchant à intéresser avant tout le lectorat français.

La première moitié de ce récit de voyage littéraire de 364 pages, plutôt simple et parfois incorrect, porte sur la Bavière (plus précisément Nuremberg et Bayreuth), et la seconde sur le Tyrol incluant un chapitre sur Salzbourg. Faisant la distinction entre les habitants accueillants (catholiques et conservateurs) du sud de l’Allemagne et les Prussiens rebutants (protestants et libéraux), Taponier inclut Salzbourg et le Tyrol systématiquement dans l’« Allemagne du Sud ».

Ses descriptions des paysages et des localités ne sont pas très réussies ; Taponier n’avait aucun intérêt pour le caractère spécifique des villes du Tyrol, puisqu’il n’appréciait pas particulièrement le baroque, ni le rococo. En revanche, les montagnes le fascinaient.

Les observations géographiques sont pour lui moins importantes que les analyses politiques et sociétales ; il ne cesse d’insister sur la qualité anti-prussienne, anti-protestante et, bien sûr, anti-révolutionnaire des Tyroliens et des Autrichiens. À la fin de ce livre, il plaide, pour contrer la domination allemande, explicitement en faveur d’une coopération de la France, non pas avec la Russie, mais avec la monarchie Autrichienne : « La véritable alliance de l’avenir est là, et non pas ailleurs[2] ». Cette plaidoirie politique prend sa source dans l’image des Tyroliens et Tyroliennes vivant complètement et simplement dans la tradition, profondément catholiques, opposés à la modernité[3] et évidemment fidèles à l’empereur[4].

Le refus de l’« esprit juif et protestant[5] » est caractéristique de la prise de position de l’auteur. Dans le chapitre sur Salzbourg (qui est avant tout un chapitre sur Mozart), il minimise l’appartenance de Mozart à la franc-maçonnerie par le fait que, à l’époque, celle-ci n’était pas encore formellement condamnée par l'Église[6]. Il n’est pas surprenant que Taponier consacre un passage à part entière à Andreas Hofer[7] et à la rébellion tyrolienne de 1809 qu’il tient en estime. Cet extrait est également une expression de l’opposition contre le Joséphisme. Par cet exemple, il souligne que les Tyroliens ont montré en 1809 que le catholicisme n’excluait nullement le patriotisme, sûrement pour contrer des arguments utilisés par les adversaires protestants lors de la « guerre culturelle »[8] .

Un autre passage à noter est celui de la visite de l’ancien lieu de pèlerinage Judenstein[9] près d'Innsbruck ; l’auteur ajoute au récit de la légende antisémite des réflexions critiques sur le judaïsme, courantes à l'époque, mais se désolidarise toutefois de l’antisémitisme de Drumont[10] par conviction humaniste.

Taponier rejetait complètement la modernité, les Lumières et le libéralisme, le protestantisme, la presse moderne, ainsi que la démocratie et la république. Un exemple concret du spectre de l'ennemi est la Prusse, ou plutôt l’Empire allemand dominé par la Prusse. Il lui oppose l’« ancienne » vie tyrolienne catholique, idyllique et idéalisée ; c'est cet idéal qui importe à Taponier, pas le véritable « Tyrol ».

Références et liens externes

  1. https://www.universalis.fr/encyclopedie/ludwig-windthorst/
  2. p. 364
  3. cf. p. 295
  4. cf. p. 338
  5. p. 81 du passage sur Nuremberg
  6. p. 182
  7. p. 297-333
  8. p. 332
  9. p. 226-246
  10. p. 237

Bibliographie

  • F. Bouchardy : Arthur-A. Taponier. Carouge-Genève : Deshusses 1942.
  • Scheichl, Sigurd Paul : « Tirol – Paradiesgärtlein der Reaktion. Die Tiroler Reise des Abbé Taponier im Jahre 1886 ». In : Das Fenster (Innsbruck), Heft 10, 1972, p. 914-917.

Auteur

Sigurd Paul Scheichl

Traduction française : Romane Kuntz

Mise en ligne : 02/04/2026